Dans quel ordre restaurer une maison ancienne ?

Bonjour à tous,

Je m’apprête à entreprendre la restauration d’une maison ancienne dans le Berry et j’aurais besoin de vos conseils pour organiser les travaux dans le bon ordre.

Voici les principales tâches prévues :

  • Piquetage des enduits ciment sur les murs extérieurs

  • Réflexion sur le remplacement d’un mur en parpaings (au Sud) par un mur en pierre (pierres disponibles sur le terrain)

  • Dépose de la toiture pour remplacement des chevrons, pose d’un écran sous toiture, puis repose des liteaux et des tuiles plates.

  • Consolidation de murs en pierre fissurés avec un mortier chaux/sable

  • Remplacement d’un linteau instable au-dessus d’une ouverture

  • Décaissement du sol intérieur pour réaliser une dalle à la chaux

Je me pose surtout la question de l’ordre des travaux : par quoi commencer pour éviter les erreurs ou reprises inutiles ?

Si certains d’entre vous ont déjà réalisé ce type de restauration, je serais très reconnaissant pour vos retours d’expérience, conseils ou points de vigilance.

Merci d’avance pour votre aide !

Belle journée,

Nicolas

Bonjour Nicolas

D’une manière générale, je commence par la toiture, la mise hors d’eau est primordiale. La gestion du taux d’humidité se gère par l’ouverture des fenêtres et portes par la suite. Si vous avez une maison à étage, vous pouvez commencer par le rez de chaussée. Dans votre cas, le piquetage des joints en ciment est prioritaire, car il faut du temps pour rétablir un taux d’humidité acceptable dans vos murs avant d’envisager un rejointoiement, un enduit à pierres vues ou un enduit correcteur, sinon il y a risque de fantômes, des soucis de carbonatation de votre chaux, voire des tirages interminables ou apparition de champignons. Résultat, des joints ou enduits “léopard” avec des nuances disgracieuses de colorations une fois le travail fini qui demandent un travail de badigeon pour masquer les différences colorimétriques du “séchage”

Bonjour,

La toiture !! Sans hésiter. Vous pourriez profiter de la transition sans couverture pour réaliser des travaux d’étaiement, d’ouverture, le remplacement de votre mur parpaings etc. Tout ce qui sera facilité par une charpente “déchargée”.

N’hésitez pas à soigner la pose du pare-pluie, peu d’agraphe (les contre liteaux le tiendront), et du scotch (on en trouve parfois sur le boncoin pour limiter les coûts). Ça permet de laisser cette phase plus longtemps…

Le scotch est très utile en cas d’isolant insufflé également.

Pour les autres points, je laisse d’autres pro intervenir.

N’hésitez pas à mettre des photos du bâtiment existant.

Bonne journée

Joris

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Merci Joris, merci Christophe pour vos retours et conseils.

Voici quelques photos:

ah oui quand même !!!

Je ne suis pas un boomer, mais là on est dans le cadre de “chef d’œuvre en péril” et l’intervention de Stéphane Bern. il y a eu beaucoup de bricolages, ce qui, en soit est une bonne nouvelle car les reprises à entreprendre seront structurelles, donc pérennes et beaucoup moins compliquées à mettre en œuvre que des petites reprises qui nécessitent une plus grande maitrise du métier.

Dans un premier temps dévégétalise la toiture et bâche la partie sans toiture.

Ensuite décroûte tout ce qui est bétonné, car sur les photo, je vois beaucoup de désordres structurels mineurs mais à corriger avant toute intervention sur la charpente.

Sur la photo extérieure, il semble avoir un affaissement de la charpente côté droit ainsi qu’un glissement de la couverture.

L’enduit extérieur semble être fait à la chaux mais cela peut un bâtard prompt Vicat/chaux, ce qui n’est pas grave car le Vicat est une chaux un poil énervée, il est arasé sur le pignon gauche, exposition au vent et pluie, acidité des résineux qu’il me semble voir…… A approfondir

Pour résumer, sur une analyse à chaud : mise hors d’eau par bâchage, décroûtage, reprise et réalignement des murs de refend ainsi que ceux de façade, parce que les briques plâtrières sur contre champs , bin disons que c’est pas top.

Ensuite, il va te falloir faire tes quantitatifs, de ce que je vois des photos , ton bâtiments me semble assez composite, je vois de la pierre et je n’en suis pas certain, des manques au niveau de l’ouverture étayées sur le jambage gauche qui ressemble à une pierre de harpage, une ouverture large refermée pour mettre une porte “standard” (ancien bâtiment agricole?), la présence d’une cheminée difficilement datable n’aide pas à daté l’époque du bâti. Une photo des jambages droit et gauche pourrait aider à savoir s’il s’agit d’un réemploi d’un bâti agri en habitation, ainsi que la possibilité de voir la souche par l’extérieur, si elle n’est pas enduite.

Bon je pourrai encore en écrire un dictionnaire entier, mais c’est un beau chantier, un de ceux qui parle à l’oreille des amoureux du bâti ancien

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Bonjour Christophe,

merci pour tes retours! Les photos datent d’il y a quelques mois et depuis j’ai dévégétalisé totalement les murs et le toit et un peu retapé la toiture (inspection et remplacement des tuiles, inspection de l’état des chevrons et réparation d’une fuite au niveau du faitage Est).

et avant/après toiture arrière

Voici quelques éléments de réponse que je peux te fournir:

MURS - J’ai commencé à décrouter les enduits ciments récemment (technique “tablette de chocolat” à la meuleuse et burineur électrique - j’ai avant testé au burineur pneumatique et compresseur mais pas assez puissant vu l’épaisseur des enduits par endroit ± 5cm).

Les 3 murs (Ouest, Sud et Est) sont en pierre avec mortier terre sablonneuse / chaux et enduit chaux (à l’intérieur) et enduit ciment (à l’extérieur). Le dernier mur au Sud est en parpaing et briques avec enduit ciment. Il se fissure d’ailleurs. Etonnament l’enduit ciment des 3 autres murs n’est pas fissuré ou alors c’est mineur mais à l’intérieur de la maison, il y a plusieurs belles fissures dans les murs.

TOITURE - La partie sans toiture est comme ça depuis de longues années. J’envisage de couvrir cette partie mais pas tout de suite. Est-ce nécessaire de bâcher le haut des murs (parpaing et enduit ciment)?

CHARPENTE - La charpente est plutôt en bon état mais il y a des affaissements. Les chevrons ne sont pas tout jeunes et même si des renforts ont été ajouté, j’ai pu voir qu’un liteaunage de fortune a été fait par endroit (les liteaux ne reposent que sur deux ou 3 chevrons) donc pas fou. Je vais devoir déposer la toiture et remplacer les chevrons. Mais après mes réparations mineures, la toiture est étanche!

J’ai quelques questions du coup:

  1. Dois-je décrouter l’enduit ciment des parpaings avant de démonter le mur à l’avant?
  2. Comment procéder pour démonter le mur en parpaing étape par étape car je n’y connais pas grand chose?
  3. Pour le moment, je pense décrouter le bas des murs extérieurs (sur ±50cm) pour permettre aux murs d’évacuer l’humidité. N’est-il pas dangereux de décrouter les enduits ciment étant donné les fissures des murs en pierre en dessous? Comment procéder de façon safe?

Merci!

salut Nico

Pour commencer nous allons utiliser des termes appropriés, un parpaing n’est pas un bloc de béton alvéolé, un parpaing est une pierre qui fait clé entre deux parements de mur, donc une pierre traversante. Dans ton cas ce sont des agglomérés . Ce n’est pas une critique, mais pour discuter bâtiment, il faut discuter avec les mots adaptés.

Tu me parles de de ciment et parpaings, bien sûr qu’il faut le retirer, la souplesse de la construction pierres ne supporte pas la rigidité du ciment.

Pour ma part je travaille assez peu avec les étaiement DTU. je “lis” le bâtiment et je travaille sur le report de charge en escalier plus un “coque” en plâtre/filasse pour éviter de mourir sous des tonnes de pierres. Ce n’est pas conventionnel et je ne le conseille pas, c’est juste ma façon de travailler.

Pour le décroutage, lâche toi, va à fond, 50cn ce n’est pas assez

par rapport aux fissurations, c’est normal, la face souple va fissurer par rapport à la face dure, d’où l’importance de DEMONTER LA FACE DURE.

Pour le décroutage, travaille à la main, je ne sais pas comment tu es fait, mais l’électroportatif est un meurtre à cause des micro vibrations, je vais plus vite à la main qu’avec un perfo. Et en plus cela te muscle pour la suite, ce n’est pas par sadisme que nous donnons des tâches de merde aux arpettes

Salut Christophe,

Merci beaucoup pour ton message, c’est super intéressant et ça m’aide à mieux comprendre :+1:

Je prends note pour le terme “aggloméré”, effectivement je faisais l’amalgame.

Si je comprends bien, tu confirmes que le ciment pose problème sur les murs en pierre, notamment à cause de la différence de rigidité, et que c’est une des causes possibles des fissures. Ça me conforte dans l’idée de faire un décroutage complet.

Par contre, sur le décroutage à la main, j’avoue que je trouve ça assez difficile et très physique. J’ai testé mais je ne suis pas sûr d’avoir la bonne technique ni les bons outils. Est-ce que tu aurais des conseils concrets là-dessus (type d’outils, gestes, organisation du travail) pour que ce soit plus efficace et moins fatigant ?

Concernant les fissures et les reprises, j’avais en tête de retirer tout le ciment, puis de laisser le mur respirer/sécher un certain temps avant d’intervenir à la chaux. Est-ce que ça te paraît être une bonne approche ? Et si oui, dans quel ordre tu procéderais concrètement étape par étape ?

Merci encore pour ton retour et ton partage d’expérience !

À bientôt

salut Nico,

Concernant le décroûtage manuel, il faut laisser faire , c’est comme dans le granit, plus c’est dur moins il faut forcer. L’idéal, c’est d’avoir une massette avec un manche en bois, tu vires le manche originel et tu en remontes un de au moins 30 cm, tout comme les leviers, la longueur donne plus de force. Tu peux aussi “sonner” ton enduit en le frappant à plat avec une massette afin de désolidariser le ciment de la pierre. il faut cependant faire attention à ne pas endommager les pierres derrière.

Ensuite, c’est un travail de percussion, donc si tu travailles avec une broche/pointerolle ne laisse pas la broche collée à la matière, recule d’un demi centimètre à un centimètre avant le point d’impact et trouve un rythme qui te convient.

Pourquoi la broche contrairement au ciseau/burin ?

La broche concentre la force cinétique sur un point peu étendu et , est , de fait plus efficace qu’un ciseau qui réparti cette force sur un surface plus grande.

Pour la technique, fais une bande décroûtée de 10 cm de large de haut en bas. Ensuite suis les joints , fais des gestes amples avec ta massette, ce qui est moins fatiguant et plus efficace car c’est l’outil qui fait le travail, tu crispes moins tes muscles, donc moins de fatigue.

Au début, protège ton avant bras et ta main avec des chiffons, le temps que ton cerveau assimile la taille de tes outils, ou une broche avec une protection en caoutchouc.

Choisis une broche qui n’est pas trop longue, sinon la force cinétique se perdra dans la longueur du métal.

Si tu préfères le burineur, idem, ne colle l’outil à la matière, laisse deux ou trois millimètres afin que la broche rebondisse, sinon tu t’enfonceras dans les joints et pour ressortir, bon courage

J’espère que j’ai répondu à tes questions, n’hésites pas à me demander des précisions si nécessaire