Correction thermique int murs en pierre avec chanvre-chaux + lien dalle ciment isolée

Bonjour à tous,

Encore un sujet qui à déjà fait couler beaucoup d’encre et qui en fera à l’avenir.
Je travaille sur la correction thermique d’un corp de ferme de env 1830 en Haute-Saône, exposée quasi plein sud, avec des murs extérieurs en pierre d’une épaisseur de min 50cm, des fenêtres sud et ouest. Mon intention est d’utiliser un mélange de chanvre/chaux pour bénéficier des propriétés thermiques de ces matériaux, mais ma volonté étant de vouloir préserver l’inertie de la maison.

Je vous sollicite donc pour vos conseils sur l’épaisseur appropriée pour la correction thermique, permettant une « isolation » efficace tout en maintenant une bonne inertie de la maison. Je me pose la question de la nécessité de bancher sur une 10ene de centimètre puis d’y appliquer un enduit de finition; ou de simplement réaliser un enduit de quelques centimètres. Pour precision les murs on été mis a nu et retirée de tout enduit ciment/chaux/terre et mélange en tout genre qui avaient pu être réalisés au par-avant.

Il existe également une dalle de ciment réalisée juste avant notre achat, dalle ciment isolé au polyuréthane. Notre souhait n’est pas de la casser maintenant qu’elle existe mais de composer avec. Comment gérer la jonction dalle mur pour ne pas générer un pont thermique? Est-il nécessaire de réaliser une saignée en pied de mur (pourrait être utile pour d’autre gaines) a remplir avec matériaux isolant, lequel?

Les conditions climatiques de la Haute-Saône étant des hivers froids et des étés chauds).
A préciser que le chauffage sera un central par du bois buche avec radiateurs en fonte + poêle d’appoint si besoin.

Merci d’avance pour votre aide précieuse !

Cordialement,

@GregEtManon
Bonjour Greg et Manon,

L’arbitrage béton de chaux/chanvre ou enduit correcteur chaux/chanvre et leur épaisseurs respectives se comprennent en prenant en considération.

  • les longueurs et hauteurs des voiles à traiter et la volumétrie des pièces concernées.
    cela inclus les proportions d’ouverture et la configuration des embrasures.
  • l’usage des pièces concernées.
  • l’exposition aux vents dominant et au soleil des voiles concernés.

Aussi, il n’est pas rare dans mes projets que les prescriptions varient d’un mur à l’autre de l’habitation.
Plus les parois et/ou les pièces sont petites, et/ou plus elles sont exposées au soleil ou moins exposées au vents et moins d’épaisseur est nécessaire pour obtenir un même confort et/ou plus l’enduit correcteur est pertinent.

L’isolation et l’inertie doivent s’équilibrer certes mais le comportement rayonnant du revêtement est également important ; plus le récepteur est éloigné des parois, moins le rayonnement procure d’effets.
Plus les pièces sont grandes, plus le béton chaux/chanvre se justifie, plus elles sont petites plus l’enduit propose de confort.

Pour définir les ordres de grandeur de chaque application je m’appuie sur une simulation thermique dynamique qui modélise le comportement thermodynamique des pièces et volumes tout au long de l’année et pendant les cycles jour/nuit ; le bilan annuel pour un ensemble de solutions proposées permet d’ajuster les prescriptions pour le meilleurs gains de performance été/hiver pour 1€ investit, voir 1€ dépensé pour l’entretien et l’usage.

Vous pouvez arbitrer empiriquement à partir des critères et principes généraux que je vous ai proposés, et obtenir ici des retours d’expérience. Mais si ils seront forcément issues d’autres configurations de l’existant et du contexte géo-climatiques.

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Tout d’abord merci pour votre réponse.
Je comprends bien les critères généraux et ce qui influence la pertinence de l’épaisseur. Certains professionnels ont pu nous proposer des épaisseurs d’au moins 14cm (probablement en lien avec des isolants commercialisés type trio chanvre lin coton).
Le bon usage repose donc sur des règles à la fois large et complexe.
Par quel moyen modélisez vous ainsi ce comportement thermodynamique?

Et concernant la jonction entre le béton de chanvre et la dalle ciment au sol, faut il réaliser une saignée dans la dalle avec remplissage par verre cellulaire par exemple?

Merci

J’utilise une suite de logiciels professionnels qui s’articule comme suit (en neuf comme en rénovation)

  • modélisation architecturale
  • définition du site (données altimétrique, environnement construit, environnement naturel…
  • définition des structures
  • définition des complexes
  • définition des interfaces (jonction de structure, de matériaux, de complexe différents

Ces modélisation et définitions sont déversées dans des modules de calcul et d’analyse que se soit pour les vérifications de dimensionnements structurel, le comportement thermique et le respect des réglementions incluant la ventilation et le/les moyens de chauffages, le comportement lumineux, le comportement sonore, le comportement au feu et bien d’autres fonctionnalités.

Il faut comprendre que se sont des outils qui répondent à des méthodes professionnelles.
Rien n’est aussi intuitif que sur une application de smartphone, parce que les données en entrées sont très variables d’un projet à l’autre, et parce-que les données en sorties doivent être interprétées. Il n’y a pas de pastilles vertes ou de pastilles rouge pour vous dire si c’est bien ou pas bien.
Donc sans connaissance de base pour chaque métier concernés, l’emploi de ces logiciels restent aussi énigmatique qu’une tablette égyptienne pour les non-initiés.

Je ne doute pas que l’intelligence artificielle muée par une puissance de calcul considérables sera à me^me de faire disparaitre les métiers de ingénieries. Pour autant faudra t il qu’elle démontre sa capacité à interpréter correctement un cahier des charges d’un maitre d’ouvrage, les valeurs qui l’anime ou qu’il souhaite prioriser et son mode de vie, pour proposer une prescription parfaitement pertinente…

Lorsqu’une dalle béton doit être conservée, je propose ce que l’on appelle une tranchée perméante ; cela ne fait pas de miracle par rapport à un hérisson ventilé par drain d’air sous dallage bas béton de chaux, mais cela peut limiter les risques de désordres dont le prolongement ascensionnel des remontées capillaires. (Cela dépend tout de même de leur ampleur, qui elle même dépend de pas mal de facteurs…

  • Saignée
  • Purge dallage ciment
  • Garnissage gros agrégats
  • Rebouchage béton ou mortier de chaux NHL3.5

Concernant le verre cellulaire je reste sceptique pour bien des applications, notamment en rénovation du bâti ancien.
C’est malheureusement un très bon pare vapeur donc contre-indiqué pour cette application.

Et voilà le travail :




@Annie_KLM pour info, ce sujet m’a fait penser à votre chantier

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Nul prétention de vouloir utiliser une suite de logiciel professionnel, je souhaitait simplement comprendre le mode de raisonnement. Merci du détail poussé de votre réponse.

Par ailleurs, je pense que rien ne peut remplacer l’experience d’un bon professionnel, meme une intelligence artificiel bien qu’elle est pu être entrainée sur le domaine du bâtiment.

Merci pour cette réponse claire, les photos très parlantes, ce qui va nous permettre d’avancer dans notre projet

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Merci pour votre retour.

Quand un modèle est bien défini (construction + environnement), rien de plus aisée que de faire varier l’ensoleillement, les températures extérieurs, en fonctions des saisons et des heures du jour et de la nuit, pour en mesurer les impacts et le comportement globale ou pièce par pièce ou voile par voile. La machine trouve hélas des singularités qui échapperaient, même partiellement, à une observation et une évaluation empirique réalisées par un excellent professionnel lors d’une visite unique pratiquée en amont du projet de rénovation…
Il m’est arrivé de me sentir peu de chose, surtout si l’on considère les niveaux de performances recherchées qui induisent un changement de comportement thermodynamique radicale de toute la construction.

Bonjour à tous,

En lisant la discussion sur la correction thermique d’un corps de ferme en Haute-Saône, je me demandais si, pour éviter le gaspillage de chaleur, le choix du système de chauffage jouait un rôle important, en complément de la correction thermique des murs ?

Il a été mentionné que le chauffage serait assuré par un système central au bois avec des radiateurs en fonte et un poêle d’appoint si nécessaire. Dans ce cas, est-ce que le type de chauffage et son efficacité pourraient influencer la quantité de chaleur nécessaire à conserver dans le bâtiment ? (je demande parce que ce serait quand même avantageux de profiter du Crédit d’impôt transition énergétique.)
fiche_technique_credit_impot_transition_energetique_cite.pdf (41,8 Ko)
Par exemple, est-ce qu’une chaudière à bois pourrait être plus efficace qu’une autre option en termes de préservation de la chaleur et de réduction des pertes thermiques ?

Merci d’avance pour vos lumières !

Oui effectivement, surtout pour l’info du misapor qui ferait pare vapeur, je savais pas et ça va changer des choses :roll_eyes: alors que je change déjà d’avis tous les deux jours, MERCI PAS MERCI :rofl:
Mais le reste reste très intéressant sur le fond ^^ (et je vais encore ruminer dix ans à propos du chaux chanvre et retomber sur le terre paille pour toutes les raisons économiques que je connais déjà :joy: j’ai dit merci pas merci ? :crazy_face: T’as le droit de répondre déso pas déso)

A la suite de votre dernier commentaire, je me pose une nouvelle question.
Est il ainsi nécessaire de réaliser une rupture de pont thermique entre la tranchée perméante et le béton/enduit chanvre-chaux qui sera en contact?

J’imagine que si vous envisager la tranchée perméante, c’est que le dallage n’est pas isolé et ne le sera pas ?
Dès lors qu’appelez vous pont thermique, si ce n’est celui occasionné par toute la dalle ?

Dans la mesure ou vous allez réaliser une épaisseur d’isolant chaux/chanvre, la tranchée devra être plus large de 10-12cm que l’épaisseur de l’isolant envisagé, sinon c’est lui qui va « pomper » toute l’humidité ou toute l’humidité transitera par lui pour évapotranspirer.

Vous avez parfaitement raison et c’est encore plus complexe que vous ne le décrivez.
Sans approche globale, sans approche systémique, point de salut.
C’est pour cela qu’un accompagnement au projet de rénovation thermique est toujours le bienvenu.
Ci-joint un petit schéma. (et encore, la gestion de l’humidité provenant de l’extérieur comme les remontées capillaires ni est pas intégré)

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Effectivement une partie de la maison à une dalle non isolée et une seconde partie possède une dalle plus récente isolée avec 8cm de polyuréthane.
A vous lire, pour vous il n’y a pas lieu de réaliser cette même tranchée au niveau de la dalle isolée?

ok, merci pour cette précision et des précieux conseils que vous pouvez fournir

Loin de là mon approche.
Il ne faut pas confondre gestion de l’humidité et isolation, même si c’est 2 critères font apparaitre des interactions
Gestion hygrométrique : de ce point de vue une dalle béton, qui plus est isolée avec du PU est problématique parce que l’ensemble du complexe est imperméable à la diffusion de vapeur d’eau. Le complexe accentue donc significativement la concentration d’humidité dans les murs et favorise les remontées capillaires.
La tranchée perméante s’impose pour délester les murs d’une humidité excessive provenant de remontées capillaires.
Isolation : effectivement la réalisation d’une tranchées perméante fera apparaitre un pont thermique en périphérie de dallage. La seul solution qui pourrait être tentée est de garnir la tranchée avec un granulat de verre cellulaire type Misapor ou Technopor. Attention pas de panneaux !