Avis divergents de couvreurs

Bonjour à tous,

Je sollicite votre avis suite aux visites de 3 couvreurs qui ont émis des avis assez divergents concernant ce qu’il fallait faire avec notre charpente, sachant que chacun nous a fait une bonne impression.

Pour situer le contexte, nous rénovons un vieux corps de ferme en Mayenne (environ 150-200 ans). Nous souhaitons refaire la toiture de la maison en ardoises (140 m²) qui montre des signes de fatigue et aussi car nous voulons aménager les combles.

Au début nous voulions aussi en profiter pour faire une isolation par l’extérieur (pour éviter les ponts thermiques et continuer de surveiller la charpente), mais les 3 couvreurs nous l’ont déconseillé car ça augmenterait beaucoup le prix par rapport à le faire par l’intérieur sous rampants. Le couvreur n° 3 a proposé de remplacer le pare-pluie par un panneau en fibre de bois (donc plus écologique et légère isolation — Isolair Multi).

Pour en venir au principal point de désaccord, voici ce que chacun a dit sur la charpente :

  1. La charpente est en excellent état et il n’y aura que quelques chevrons à changer et un redressage à prévoir. Il dit que les anciens savaient ce qu’ils faisaient et que ça ne bougera pas pendant encore très longtemps malgré les fissures apparentes.
  2. La charpente est globalement en état correct mais semble sous-dimensionnée. Il envisage de remplacer certaines pannes pour en mettre des plus épaisses. Il prévoit de changer certains chevrons, renforcer d’autres et globalement un redressage.
  3. La charpente est très sous-dimensionnée. Il veut remplacer toutes les pannes et en ajouter 2 de chaque côté. Il veut aussi remplacer tous les chevrons (vu qu’ils auront déjà été enlevés et que ça simplifie le redressage).

Un autre point de désaccord concerne le faitage : le premier veut faire un faîtage en zinc, le second en tuile (pose à sec). Chacun dit que sa méthode est la plus solide et durable dans le temps. J’ai observé les toits environnants, et la très grande majorité ont un faîtage en tuile (ou en lignolet, mais je ne veux pas de cette option).

Quelques informations sur la charpente :

  • chêne
  • une panne faîtière (~ 10 x 8), une panne intermédiaire (~ 10 x 14) et une panne sablière de chaque côté

Voici quelques photos :

Je peux mettre plus de photos si besoin.

Merci pour votre aide !

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Bonjour

On retrouve dans votre question la problématique de l’artisan. Un pro qui donne un avis toujours influencé par ce qu’il sait faire, veut faire ou ce qui lui rapporte le plus. Ce genre d’avis n’est jamais désintéressé.

Je trouve votre idée de l’isolation par l’extérieur très pertinente surtout si vous devez refaire le toit. La mise en oeuvre est très technique et peu de couvreurs la maîtrise. Ça peut influencer le conseil..

En partant du principe que les couts de cette opération sont importants par rapport au budget total, mon conseil d’autoconstructeur : demander un avis de pro qui ne vend que son conseil, le prix de la prestation est vite rentabilisé par les économies réalisées ou trouver un couvreur qui maîtrise l’isolation par l’extérieur et là vous aurez un 4° avis….

Ps très belle charpente.cela serait dommage de devoir la dénaturer

Bonne continuation

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Bonjour

Je rejoins l’analyse de DOm précédent le mien.

Les anciens dimensionnaient à l’expérience, empiriquement. Aujourd’hui, le dimensionnement selon les règles européennes amène souvent à des sections plus conséquentes et des portées réduites…Affirmer que votre charpente est sous-dimensionnée fait écho à ça…. mais j’ai tendance à penser que c’est très exagéré puisqu’elle a fait ses preuves pendant plus d’un siècle…

Sa conception à 3 pannes fait partie de son identité. Ajouter des pannes et redresser les chevrons va la dénaturer.

L’idée d’isoler par-dessus est intéressante mais… le poids propre du toit va augmenter de 50 kg/m2 environ. Ce doit être jouable mais faites le vous confirmer par un architecte ou un ingénieur bois.

Bon courage !

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Rehausseur de chevron

Votre charpente est très belle et le style des fermes pas si courant avec ces arbalétriers en 2 parties et courbes en pied. Il est très dur de juger sur photo, mais à priori elle a toujours eu une couverture en bon état au-dessus d’elle, il paraît y avoir très peu de zones qui auraient été soumises à une humidité prolongée/anormale.

Concernant vos pannes, elles ont l’air en bon état et n’ont pas été noyées dans du ciment au niveau des pignons, tant mieux. Effectivement, ça peut paraître juste pour un couvreur habitué à des charpentes « modernes » mais tout dépend de la portée entre vos fermes, info que vous ne donnez pas. Pour info, avec un petit calcul rapide, je trouve qu’une panne en chêne de 10x14 (posée dans le bon sens !) équivaut environ à une panne en sapin de 6x17,5.

Pour réussir à « redresser » le rampant comme disent les couvreurs, tout en mettant en œuvre une isolation confortable et en gardant vos fermes et pannes en chêne apparentes, il est peut-être possible une fois vos ardoises losanges amiantées et liteaux enlevés de :

  • doubler les chevrons existants par des chevrons en douglas/sapin de 50x75, tout en intercalant au besoin un calage afin de redresser le rampant
  • installer sur ces chevrons en sapin un pare-pluie rigide en fibre de bois 60mm/80mm (efficace en déphasage), puis membrane pare-pluie (ou pas) tasseaux, liteaux et ardoises.
  • sous les chevrons en chêne, installer un frein-vapeur armé (+ tasseaux) en assurant une bonne étanchéité aux jonctions avec les pannes.
  • faire une insufflation en fibre de bois (ou en paille hâchée si ça arrive en France) sur l’épaisseur des 2 chevrons, soit ~15cm

Vous arriveriez ainsi sans avoir une mise en œuvre trop compliquée et coûteuse à un R de 5,5/6 en toiture ce qui est correct même si on a tendance à viser plutôt 7 dans ce type de rénovation.

Comme conseillé, demander un avis à quelqu’un d’extérieur / bureau d’études, pourra être pertinent afin de prendre votre décision.

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Je vous remercie tous pour vos avis et conseils.

Pour répondre à la question de la portée, les arbalétriers sont espacés entre eux et avec les murs d’environ 230 cm. La longueur du grenier est de 975 cm, la largeur de 630 cm. La distance entre deux pannes est d’environ 2 m.

Je ne sais pas si ça peut aider, mais voici le schéma détaillé du grenier (coupe horizontale, les arbalétriers sont les bandes vertes quasi verticales) :

Il s’agit d’ardoises naturelles, on a de la chance de ce côté (par contre celles de la grange sont en amiante). Je confirme aussi qu’il ne semble pas y avoir eu d’infiltration d’eau prolongée (ou en tout cas, pas dans les dernières décennies).

Un 4è couvreur vient cette après-midi. Sur leur site, ils parlent explicitement du fait qu’ils font de l’isolation extérieure.

@Guirec : Pourquoi proposez-vous une isolation par insufflation, par rapport à mettre des panneaux en laine de bois ?

Bonjour Harold, et compagnie,

Mince @Guirec, je voulais répondre avant toi ! Du coup, j’en ai moins a dire… :wink: parceque plutôt d’accord.

J’ajouterai juste pour Harold.

Une isolation par l’extérieur, au dessus des chevrons, si j’ai bien compris, me semble assez semblable a une isolation classique en terme de performance. Et l’épaisseur possible reste limitée. Elle te permettrait par contre d’avoir un chevronnage apparent, est-ce un souhait ?

Mais elle implique certains points non négligeables :

-voligeage apparent sur chevrons , et pare-vapeur (raccord avec les murs compliqué en rénovation)

-avant-toits modifiés, en effet, l’épaisseur d’isolant impacte directement les hauteurs bandeaux etc. Il est possible de supprimer les avant-toits existant (dommage) et de recréer des débords mais ça devient vite une usine à gaz, qu’il faut maîtriser.

La solution serait donc peut-être de faire un mix : un isolant rigide comme suggéré par Guirec, et une isolation entre chevrons. Vous pouvez rajouter un chevrons sur ceux existants pour réglage (encore suggéré par Guirec) ou sous ceux existants, entre pannes.

Ensuite vous pouvez créer des “caissons “, et insuffler. L’insufflation permet de combler tous les espaces, et d’isoler un volume indépendamment de sa forme. Vos chevrons ne sont pas parallèles, et insuffler permet d’éviter les découpes fastidieuses…

Pour info, j’ai suivi la méthode décrite ci-dessus pour mon projet, en rajoutant des chevrons en ossature 120x45 sous chevrons de 70x90 existants. Et nous avons insufflé 100m2 (sur 21cm d’épaisseur) en 1,5 jours à deux (pros).

Bonne continuation

Joris

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Je n’ai pas forcément un énorme retour d’expérience sur le sujet des rampants, mais autour de moi les autoconstructeurs font en panneau de laine de bois ou en insufflation de ouate, et les amis pros font de l’insufflation en fibre de bois. (et les pseudo-pros déroulent n’importent comment de la laine de verre derrière du placo avec des vides partout).

Dans une rénovation comme la vôtre, avec des chevrons en chêne pas forcément rectilignes (mais costauds !), j’imagine que ça peut être parfois difficile d’insérer efficacement des panneaux souples, beaucoup de coupes, de pertes, du travail en hauteur… Qui plus est, vous n’aurez jamais exactement le panneau de la bonne épaisseur par rapport à l’espace à isoler.

En insufflant, vous vous affranchissez de toutes ces contraintes dimensionnelles, et vous êtes sûr que l’isolant ira dans les moindres recoins. Et puis je pense que pour les ~70-75m² que vous avez à isoler, ce sera fait en 1 jour (hors préparation frein-vapeur). En général, votre fournisseur vous reprend les sacs non utilisés, donc vous limitez la perte également.

Petite comparaison budgétaire pour info, ça me permet de faire enfin l’exercice pour vérifier que j’ai bien fait d’insuffler sur notre projet :

1/ Laine de bois 160mm (55kg/m3) > 19€/m² soit 1425€ pour 75m²

2/ Fibre de bois 160mm insufflé à 35kg/m3 > 420kg = 28 sacs à 19€/sac soit 532€ pour 75m²
'+ Location kit machine complet pour insufflation = 100€ pour 1 jour
'+ Accompagnement 3h par un professionnel pour lancer chantier insufflation = 300€
= TOTAL : 932€ pour 75m²

Je n’ai pas compté la livraison des matériaux qui doit être similaire dans les 2 cas, ni le surcoût au m² pour l’utilisation d’un frein-vapeur armé dans le cas d’une insufflation, par rapport à un frein-vapeur « simple » dans le cas de la laine de bois.

A priori l’option insufflation paraît avoir un avantage technique, économique et aussi permettre un gain de temps. C’est assez rare de cocher les 3 cases à la fois !

Reste à trouver le bon fournisseur pour cette prestation. Près de Rennes / Nantes, on est bien servis, par chez vous j’espère aussi. Pour ma part c’est mon fournisseur d’éco-matériaux qui fait livrer la fibre de bois (Gutex Thermofibre) via transporteur, puis le jour J il apporte la machine d’insufflation pour les 3h d’ « installation/formation/accompagnement » et après l’opération je lui rapporte le matériel et les sacs non utilisés (le matériel démonté tient dans mon Kangoo).

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Bonjour,

Je prend ma casquette d’architecte :
Tout d’abord, petite mise au point de vocabulaire.
La charpente, c’est les fermes et les pannes ainsi que les liens de faîtage qui assurent le contreventement. Le chevronnage fait partie de la couverture.
Vous avez une superbe charpente, et je comprends que vous souhaitiez la mettre en valeur !
C’est de là que dot partir toute la réflexion, et par ailleurs vous voulez aménager, donc isoler efficacement la toiture.
Que voulez vous laisser apparent ? la charpente ou la charpente + les chevrons ?
Pour ma part je suis plutôt pour ne laisser voir que la charpente, c’est plus pratique pour faire le ménage que de chercher les toiles d’araignées entre tous les chevrons !
Je chercherais donc à isoler juste au dessus des pannes, c’st à dire entre les chevrons, ce qui ne laisse pas assez d’épaisseur pour l’isolation, sachant qu’en plus il faut une lame ventilée entre l’isolant et la couverture.
Si vous avez l’intention d’aménager cet espace, ce n’est pas pour redémonter tout plus tard pour refaire la couverture si elle présente des faiblesse !.. Il me semble donc impotant d’assurer le coup maintenant.
Comme l’a dit un de mes prédécesseurs, il ne faut pas oublier que l’isolation rapportera du poids sur la couverture.
Les chevrons actuels sont posés à plat (comme ça se faisait autrefois. Ils ont donc tendance à fléchir comme je le vois sur les photos.
Je recommanderais donc de les remplacer par des chevron plus hauts qui pourront admettre une isolation + importante.
Si les pannes semblent trop faibles en sections, elles peuvent être remplacées par des pièces de bois anciennes qui s’harmoniseront avec votre charpente. Tous les bons charpentiers gardent un parc de bois anciens.
Poser ensuite sir les chevrons un pare pluie, puis un contrelattage et la couverture en ardoises.
Aujourd’hui vos ardoises sont posées au crochet sur des lattes, je privilégierais une pose au clous sur un voligeage continu, plus pérenne.
L’inconvénient de ce système est que la couverture est légèrement réhaussée et cela contraint à recréer une passée de toiture avec les anciens chevrons et à remonter un peu les arases de murs, mais un charpentier sensible au patrimoine ancien saura très bien faire cela.
Voila mon point de vue.
Bonne chance pour la suite.

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On a eu la visite d’un 4è couvreur hier après-midi et il proposait de mettre un panneau rigide de 35 voire 60 mm, et d’isoler en insufflant de la ouate comme suggéré ici. Enfin il trouve la charpente en très bon état, même s’il trouvait que les pannes étaient un peu espacée (mais il dit que ce n’est pas forcément nécessaire d’en rajouter). Il nous déconseillait l’isolation complète par l’extérieur (a fortiori pour éviter un surpoids sur la charpente).

J’aimais bien l’idée de garder les chevrons apparents pour pouvoir les surveiller, mais comme on me dit souvent : « Si c’est bien fait, il n’y a pas de raison qu’il y ait un problème. » C’est juste qu’on entend beaucoup d’histoires de maisons où tout est fermé, et quand on ouvre pour faire de la rénovation on s’aperçoit que c’est dans un état catastrophique. Et l’autre point est la possibilité de corriger “facilement” un problème : dans la maison de ma mère, le grenier a été aménagé a posteriori avec isolation en laine de verre + placo. Ça a été fait n’importe comment (on était la seule maison du coin sans neige sur la toiture en hiver…) et maintenant c’est impossible de reprendre sans tout casser ou tout découvrir.

D’un point de vue esthétique, je suis surtout intéressé pour garder visible les arbalétriers voire les pannes. L’argument du ménage est un excellent point !

C’est un très bon argument !

Merci beaucoup à tous pour toutes les explications détaillées !